mercredi 25 décembre 2013

dimanche 10 novembre 2013

Dr Freud killed my father and banged my mom.


OKAY


random n°2

« Personne ne semblait non plus lui en vouloir.
Pour chacun, il semblait être tout aussi naturel que la pluie.
Un soir, alors que je ne dormais pas, je crois l’avoir vu passer ;
je crois l’avoir vu très nettement me sourire. »



Je me couchais ce soir-là plus tôt qu’à l’accoutumée, et dormais fort mal.
Une figure étrange me poursuivait dans mes songes, s’acharnant à me présenter un objet rond comme étant la réponse à tous mes problèmes.
Alors que, sous l’emprise biaisée du sommeil, je convenais de la nature extraordinaire du produit, son étrange vendeur continuais de m’en décrire les innombrables qualités, ne cessant d’insister pour que je l’acquière.
Quand bien même j’en eu acheté une trentaine d’exemplaire, celui-ci ne semblais pouvoir stopper, et insistait pour que j’en achète un autre.
Je me réveillais à cet instant, persuadé d’être pour toujours coincé avec l’odieux personnage.

Je restais assez longtemps dans mon lit, tentant de chercher la cause et le sens de ces rêves, sans en trouver une explication suffisamment pertinente.
Pour une raison que j’ignore, je repensais alors à la période qui avait suivi mon voyage.


*
* *



Comme je l’avais souligné, le voyage m’avait laissé sans le moindre pécule, et je dû me résoudre à retrouver un emploi.
Etant frustré de l’absence d’écoute de la part de mes amis, je décidais de continuer, seul, à embrasser l’aventure, quelle qu’en soit la forme.
Dans cet ordre d’idée, je ramassais au hasard le moindre journal froissé que je trouvais sur les sièges des transports en communs, guettant frénétiquement la moindre offre d’emploi sortant de l’ordinaire.
Je n’en trouvais bien évidemment aucune.

Il me semblait que durant cette période, rien ne pouvait me détourner d’un but que moi-même je n’arrivais parfaitement à saisir.
Je sentais là que je devais, sans pouvoir, ni savoir.
Tout cela devenais tellement flou qu’il fût aisé de perdre l’objectif de vue, et au bout de quelques jours, je prenais rendez-vous pour un entretien d’embauche, ayant clairement la sensation que si aventure il devait y avoir, celle-ci arriverais sans doute plus tard.

Le poste convoité était celui d'agent d’assurances.
J’obtiens celui-ci avec grande facilité, l’employeur cherchant visiblement à combler un poste vacant au plus vite.
J’entrais donc en fonction, et tentais d’y correspondre au mieux, alors même que mes compétences dans le domaine restaient au mieux hasardeuses.
Au final, l’expérience ne dura que sept mois, et je n’en retire qu’un nombre restreint de souvenirs.

Mon travail consistait à traiter les demandes de prise en charge, concernant des accidents.
Les clients me décrivaient la nature de l’évènement, je déterminais alors si celui-ci correspondait à nos garanties, et si tel était le cas, leurs envoyaient les différents éléments à remplir ou à apporter au dossier.
Très vite, je me mélangeais les pinceaux.
Ainsi, je remboursais un nombre incalculable de clients, ayant mal saisi le sens des garanties.
Puis, alors qu’on m’avait fait comprendre mes erreurs, je devenais trop méticuleux et suspicieux, prenant un temps infini à tout vérifier, ce qui n’était pas au goût de mon patron, qui m’exhorta à accélérer la cadence.
Au final, ne sachant quel juste milieu choisir, je prenais mes décisions au hasard.

Tel client possédait une voiture de couleur rouge lors de l’accident ? Il ne pouvait être qu’un honnête homme.
Un autre avait hésité à répondre quant à la date de l’évènement ? On ne me trompe pas si aisément.
Je fût au final renvoyé, ce qui eut sur moi un terrible effet : quand bien même je n’appréciais pas particulièrement ce travail, j’avais l’inexorable sensation que j’en étais privé pour une raison pas claire.

J’imaginais alors les pires complots : un détournement de fond de la part du service comptable gêné par mes honnêtes activités ou une alliance de clients malhonnêtes et mécontents, s’étant tous plaint à ma direction. L’idée que cette dernière embauchait des acteurs pour jouer les clients idiots afin de me pousser à la faute m’apparut même pendant un temps comme une évidence.

Je garde cependant de bons souvenirs de la cafétéria.
Elle était bien fournie en ce qui concerne les distributeurs de nourriture ; j’étais, à force de ma mauvaise nutrition, devenu presque un expert dans ce domaine. J’en connaissais les différents modèles, leurs défauts et avantages, et les différentes gammes de produit que chacun proposaient.

Je passais ainsi toutes mes pauses à contempler le paysage via la baie vitrée de la cafétéria, tout en dégustant tantôt une barre chocolatée, tantôt un plat de nouille à réchauffer.
J’affectionnais tout particulièrement, alors que j’insérais les pièces dans l’automate, de coller mon oreille contre la paroi afin d’écouter la pièce tomber et déclencher quelques mécanismes secrets qui me donneraient accès à ce qui était là, si proche derrière la vitre.
Au début, les sons que j’entendais m’étaient totalement inconnus, mais au fur et à mesure que le temps passait, j’en apprenais l’ordre, et cela devenait tout aussi semblable à l’écoute d’une mélodie.

Quand on insère une pièce, le son qu’elle produit lorsqu’elle tombe dans l’appareil ne dure que deux secondes environs. Toujours la même suite de son, chaque choc interne produisant une note, formant une très très courte symphonie.

Il m’est arrivé de la fredonner pendant le travail, et parfois je me surprends à le faire encore.

Au final, ce que j’avais amassé durant ces sept mois suffisait pour me permettre de vivre encore quelques temps sans avoir à travailler.
Je retournais donc chez moi le dernier soir, heureux bien que furieux d’avoir été si odieusement remercié.



*
* *

Je sentais que mon récit sonnait faux, mais ne pouvait pas mettre le doigt sur l’erreur.
C’est en remarquant l’ennuyeux bonhomme qui s’avançait en flottant vers moi que je compris que le souvenir avait fait place au songe.
Je commençais déjà à fuir tandis que celui-ci sortait d’un grand sac un objet rond.

Pas ce coup-ci, mon p’tit bonhomme. 

samedi 9 novembre 2013

random n°1

Pour une raison que j'ignore, je me suis lassé de faire des dessins.
Je passe donc mon temps ces derniers jours à osciller entre deux activités  pourvu que celle-ci aient le moins de sens possible.
C'est dans ce vide créatif que s'est invité l'idée d'écrire, peu m'importe quoi, à partir du moment que cela soit une sorte de roman, et qu'il soit vaguement décousu.
En effet, j'ai toujours rêvé d'écrire un roman. Et je suis incapable de construire une intrigue intéressante.
Et comme je ne finis que rarement mes projets, je me suis dit que si je les mettait là, ça me forcerais à m'y mettre.
Ça ne sera sûrement pas le cas.
En voici donc un morceau, bien sûr bourré de fautes.
En tout cas, c'est censé s’appeler "random".



« Dans cette ville, tout le monde craignait un homme.
Il venait parfois la nuit, rentrait dans quelques maisons,
et prenait ce qui se trouvait là.
Personne n'osait s'interposer, pour une raison qui m'échappait. »


Je remettait une fois de plus mes papiers en ordre.
Mon bureau était souvent dans un état de grande désorganisation. Factures, lettres, écrits, tout venait se mélanger de telle façon que je n'arrivait à m'en sortir.

Animé d'une envie soudaine de faire place nette, j'avais classé le tout en différentes piles de diverses hauteurs.
Le spectacle qu'elles formaient rappelait vaguement ces photos en noir et blanc de centre urbain chaotique et surpeuplés, où chaque espace de ciel vide laissait place à des immeubles.
À cette image, je tentait de me rappeler la dernière fois où j'avais visité un tel édifice.

C'était il y a trente ans.

*
* *


A l'époque, j’habitai cette grande ville, dont le nom avait toujours été pour moi dur à prononcer. Quelque chose d'assez grandiose s'en échappait, une forme, une masse, une ambiance.
Elle contenait son lot de ruelles escarpées et de banlieues calmes et proprettes, le tout lové autour d'un centre ville au grattes ciels imposants.
Je vous décrit tout cela, bien que durant mon séjour je n'ai quitté mon immeuble.

Je n'en avait pas besoin, habitant un étage ayant un distributeurs de sucreries – je me nourrissait fort mal à l'époque, ce qui conduisit d’ailleurs à des hospitalisations fréquentes dans les années qui suivirent.

Je m'étais installé là à la suite du décès de ma mère.
Elle ne voyageait pas, et m'avait d'ailleurs laissé en héritage ce dégoût des escapades.
Lorsqu'elle trépassa, je décidais sur un coup de tête de partir, et de tout laisser derrière moi.
N'étant ni marié, ni spécialement attaché à mes amitiés de l'époque, je décidait tant bien que mal de choisir un nombre restreint de possessions matérielles pour mon voyage, et emballait le tout avant de foncer à la gare.

Sur le chemin, j'imaginai toute sorte d'aventures formidables : allais-je trouver l'amour ?
Découvrir un talent caché et me faire un nom ? Faire fortune ?
A ces pensées, tout les visages que je croisais me paraissaient nouveau, intéressant, et curieux à observer.
Je plaignait chaque passant à mes côtés, qui ignorait l'excitation délicieuse dans laquelle j'étais plongé.

Mais mes craintes me rattrapèrent à peine le seuil de la gare franchit : qu'arriverais t'il si l'aventure tant chérie se refusait à moi ? Si de chaque tentative découlait un échec cuisant ?
Je n'étais, après tout, que peu disposé à accepter l'inconnu, je n'étais d'ailleurs doté d'aucune particularités, d'aucun atout pouvant parer l'infortune.
Sur le quai, mon cœur battait la chamade, et je détournait déjà les talons lorsque le train fût annoncé.

Apeuré à l'idée de me jeter de plein pied dans ce que je ne connaissait, je me mettait à courir comme un dératé, l'esprit vide de toutes idées hormis celle de fuir.
J'ai dû me tromper à un moment donné de route, à moins que je n'y prêtait à cet instant aucune attention, quoi qu'il en soi le résultat fût le même, et je me retrouvait très vite loin de tout.

Autour de moi régnait le plus calme des vides.
De l'herbe à perte de vue, et une route de campagne se déroulant jusqu'à l'horizon.
En quelques minutes de marche, je rejoignit un abri bus isolé, et montait dans le premier car, croyant que celui-ci me ramènerait à mon point de départ.

Au lieu de cela, il me déposa dans cette ville, dont le nom reste dur à prononcer.

J'y passait des semaines entières, partagées entre la contemplation de la vue via l'unique fenêtre de mon appartement, et l'insertion de pièce de monnaie dans le distributeur de barres chocolatées.
Ce dernier avait par ailleurs la désagréable habitude de se bloquer périodiquement, m'obligeant à de long échange téléphonique avec la réception.
Il ne m'étonnerais pas que ceux-ci ait, d'une façon ou d'une autre, fêté mon départ.

Pour en revenir à ma première activité, que je pratiquait pour ainsi dire aussi bien la nuit qu'en journée, je ne trouve là aucun bon adjectif pour la décrire : celle-ci semblait me plonger dans une forme de plaisir hypnotique, chaque fois totalement différente et dépendante du moment de la journée concerné.
Ainsi, le jour je me passionnait à suivre l'incessant fourmillement des passants, des voitures sur les routes, ou la lente course des nuages qui venaient s'éventrer sur les buildings.
Tandis que la nuit, je m'émerveillait en suivant des yeux l'étonnante chorégraphie des lumières, du clignotements des fenêtres dessinant la vie de tout mes voisins à l'émouvant circuit mécanique que formait la route, éclairée de tout ces feux arrières, avant, et plus encore.
Tout cela exerçait sur moi une telle influence que j'en venait à rester des heures entières, enveloppé d'une couverture, à contempler ce spectacle, ne stoppant qu'à de brèves occasions afin de me substanter.
Je ne garde par ailleurs aucun autre souvenirs de cette ville.

Je me décidais enfin à rentrer, principalement à cause de manque de fond, et fût surpris de découvrir qu'à mon retour, rien n'avait changé.
Mon entourage ne portait que peu d'attention tandis que je tentait de leurs raconter comment ma recherche d'aventure s'était déroulée.
Je vis certains de mes amis sourire en coin à l'évocation de l'incident du train, et alors que j’atteignais la partie concernant mes observations silencieuse de la ville, leurs attentions étaient déjà perdues.

*
* *


Je rangeait enfin la dernière feuille de papier dans le classeur approprié.
Mon bureau était retourné à son état d'origine, à quelques traces de colle prêt, et ressemblait d'avantage à la prairie où je m'était égaré qu'à la turbulente cité.


Je n'arrive toujours pas à expliquer comment, alors perdu dans mes pensées, je me levait, sortait tout mes classeurs et en vidait le contenu sur mon bureau avant de quitter la pièce.