samedi 9 novembre 2013

random n°1

Pour une raison que j'ignore, je me suis lassé de faire des dessins.
Je passe donc mon temps ces derniers jours à osciller entre deux activités  pourvu que celle-ci aient le moins de sens possible.
C'est dans ce vide créatif que s'est invité l'idée d'écrire, peu m'importe quoi, à partir du moment que cela soit une sorte de roman, et qu'il soit vaguement décousu.
En effet, j'ai toujours rêvé d'écrire un roman. Et je suis incapable de construire une intrigue intéressante.
Et comme je ne finis que rarement mes projets, je me suis dit que si je les mettait là, ça me forcerais à m'y mettre.
Ça ne sera sûrement pas le cas.
En voici donc un morceau, bien sûr bourré de fautes.
En tout cas, c'est censé s’appeler "random".



« Dans cette ville, tout le monde craignait un homme.
Il venait parfois la nuit, rentrait dans quelques maisons,
et prenait ce qui se trouvait là.
Personne n'osait s'interposer, pour une raison qui m'échappait. »


Je remettait une fois de plus mes papiers en ordre.
Mon bureau était souvent dans un état de grande désorganisation. Factures, lettres, écrits, tout venait se mélanger de telle façon que je n'arrivait à m'en sortir.

Animé d'une envie soudaine de faire place nette, j'avais classé le tout en différentes piles de diverses hauteurs.
Le spectacle qu'elles formaient rappelait vaguement ces photos en noir et blanc de centre urbain chaotique et surpeuplés, où chaque espace de ciel vide laissait place à des immeubles.
À cette image, je tentait de me rappeler la dernière fois où j'avais visité un tel édifice.

C'était il y a trente ans.

*
* *


A l'époque, j’habitai cette grande ville, dont le nom avait toujours été pour moi dur à prononcer. Quelque chose d'assez grandiose s'en échappait, une forme, une masse, une ambiance.
Elle contenait son lot de ruelles escarpées et de banlieues calmes et proprettes, le tout lové autour d'un centre ville au grattes ciels imposants.
Je vous décrit tout cela, bien que durant mon séjour je n'ai quitté mon immeuble.

Je n'en avait pas besoin, habitant un étage ayant un distributeurs de sucreries – je me nourrissait fort mal à l'époque, ce qui conduisit d’ailleurs à des hospitalisations fréquentes dans les années qui suivirent.

Je m'étais installé là à la suite du décès de ma mère.
Elle ne voyageait pas, et m'avait d'ailleurs laissé en héritage ce dégoût des escapades.
Lorsqu'elle trépassa, je décidais sur un coup de tête de partir, et de tout laisser derrière moi.
N'étant ni marié, ni spécialement attaché à mes amitiés de l'époque, je décidait tant bien que mal de choisir un nombre restreint de possessions matérielles pour mon voyage, et emballait le tout avant de foncer à la gare.

Sur le chemin, j'imaginai toute sorte d'aventures formidables : allais-je trouver l'amour ?
Découvrir un talent caché et me faire un nom ? Faire fortune ?
A ces pensées, tout les visages que je croisais me paraissaient nouveau, intéressant, et curieux à observer.
Je plaignait chaque passant à mes côtés, qui ignorait l'excitation délicieuse dans laquelle j'étais plongé.

Mais mes craintes me rattrapèrent à peine le seuil de la gare franchit : qu'arriverais t'il si l'aventure tant chérie se refusait à moi ? Si de chaque tentative découlait un échec cuisant ?
Je n'étais, après tout, que peu disposé à accepter l'inconnu, je n'étais d'ailleurs doté d'aucune particularités, d'aucun atout pouvant parer l'infortune.
Sur le quai, mon cœur battait la chamade, et je détournait déjà les talons lorsque le train fût annoncé.

Apeuré à l'idée de me jeter de plein pied dans ce que je ne connaissait, je me mettait à courir comme un dératé, l'esprit vide de toutes idées hormis celle de fuir.
J'ai dû me tromper à un moment donné de route, à moins que je n'y prêtait à cet instant aucune attention, quoi qu'il en soi le résultat fût le même, et je me retrouvait très vite loin de tout.

Autour de moi régnait le plus calme des vides.
De l'herbe à perte de vue, et une route de campagne se déroulant jusqu'à l'horizon.
En quelques minutes de marche, je rejoignit un abri bus isolé, et montait dans le premier car, croyant que celui-ci me ramènerait à mon point de départ.

Au lieu de cela, il me déposa dans cette ville, dont le nom reste dur à prononcer.

J'y passait des semaines entières, partagées entre la contemplation de la vue via l'unique fenêtre de mon appartement, et l'insertion de pièce de monnaie dans le distributeur de barres chocolatées.
Ce dernier avait par ailleurs la désagréable habitude de se bloquer périodiquement, m'obligeant à de long échange téléphonique avec la réception.
Il ne m'étonnerais pas que ceux-ci ait, d'une façon ou d'une autre, fêté mon départ.

Pour en revenir à ma première activité, que je pratiquait pour ainsi dire aussi bien la nuit qu'en journée, je ne trouve là aucun bon adjectif pour la décrire : celle-ci semblait me plonger dans une forme de plaisir hypnotique, chaque fois totalement différente et dépendante du moment de la journée concerné.
Ainsi, le jour je me passionnait à suivre l'incessant fourmillement des passants, des voitures sur les routes, ou la lente course des nuages qui venaient s'éventrer sur les buildings.
Tandis que la nuit, je m'émerveillait en suivant des yeux l'étonnante chorégraphie des lumières, du clignotements des fenêtres dessinant la vie de tout mes voisins à l'émouvant circuit mécanique que formait la route, éclairée de tout ces feux arrières, avant, et plus encore.
Tout cela exerçait sur moi une telle influence que j'en venait à rester des heures entières, enveloppé d'une couverture, à contempler ce spectacle, ne stoppant qu'à de brèves occasions afin de me substanter.
Je ne garde par ailleurs aucun autre souvenirs de cette ville.

Je me décidais enfin à rentrer, principalement à cause de manque de fond, et fût surpris de découvrir qu'à mon retour, rien n'avait changé.
Mon entourage ne portait que peu d'attention tandis que je tentait de leurs raconter comment ma recherche d'aventure s'était déroulée.
Je vis certains de mes amis sourire en coin à l'évocation de l'incident du train, et alors que j’atteignais la partie concernant mes observations silencieuse de la ville, leurs attentions étaient déjà perdues.

*
* *


Je rangeait enfin la dernière feuille de papier dans le classeur approprié.
Mon bureau était retourné à son état d'origine, à quelques traces de colle prêt, et ressemblait d'avantage à la prairie où je m'était égaré qu'à la turbulente cité.


Je n'arrive toujours pas à expliquer comment, alors perdu dans mes pensées, je me levait, sortait tout mes classeurs et en vidait le contenu sur mon bureau avant de quitter la pièce.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire