dimanche 10 novembre 2013

random n°2

« Personne ne semblait non plus lui en vouloir.
Pour chacun, il semblait être tout aussi naturel que la pluie.
Un soir, alors que je ne dormais pas, je crois l’avoir vu passer ;
je crois l’avoir vu très nettement me sourire. »



Je me couchais ce soir-là plus tôt qu’à l’accoutumée, et dormais fort mal.
Une figure étrange me poursuivait dans mes songes, s’acharnant à me présenter un objet rond comme étant la réponse à tous mes problèmes.
Alors que, sous l’emprise biaisée du sommeil, je convenais de la nature extraordinaire du produit, son étrange vendeur continuais de m’en décrire les innombrables qualités, ne cessant d’insister pour que je l’acquière.
Quand bien même j’en eu acheté une trentaine d’exemplaire, celui-ci ne semblais pouvoir stopper, et insistait pour que j’en achète un autre.
Je me réveillais à cet instant, persuadé d’être pour toujours coincé avec l’odieux personnage.

Je restais assez longtemps dans mon lit, tentant de chercher la cause et le sens de ces rêves, sans en trouver une explication suffisamment pertinente.
Pour une raison que j’ignore, je repensais alors à la période qui avait suivi mon voyage.


*
* *



Comme je l’avais souligné, le voyage m’avait laissé sans le moindre pécule, et je dû me résoudre à retrouver un emploi.
Etant frustré de l’absence d’écoute de la part de mes amis, je décidais de continuer, seul, à embrasser l’aventure, quelle qu’en soit la forme.
Dans cet ordre d’idée, je ramassais au hasard le moindre journal froissé que je trouvais sur les sièges des transports en communs, guettant frénétiquement la moindre offre d’emploi sortant de l’ordinaire.
Je n’en trouvais bien évidemment aucune.

Il me semblait que durant cette période, rien ne pouvait me détourner d’un but que moi-même je n’arrivais parfaitement à saisir.
Je sentais là que je devais, sans pouvoir, ni savoir.
Tout cela devenais tellement flou qu’il fût aisé de perdre l’objectif de vue, et au bout de quelques jours, je prenais rendez-vous pour un entretien d’embauche, ayant clairement la sensation que si aventure il devait y avoir, celle-ci arriverais sans doute plus tard.

Le poste convoité était celui d'agent d’assurances.
J’obtiens celui-ci avec grande facilité, l’employeur cherchant visiblement à combler un poste vacant au plus vite.
J’entrais donc en fonction, et tentais d’y correspondre au mieux, alors même que mes compétences dans le domaine restaient au mieux hasardeuses.
Au final, l’expérience ne dura que sept mois, et je n’en retire qu’un nombre restreint de souvenirs.

Mon travail consistait à traiter les demandes de prise en charge, concernant des accidents.
Les clients me décrivaient la nature de l’évènement, je déterminais alors si celui-ci correspondait à nos garanties, et si tel était le cas, leurs envoyaient les différents éléments à remplir ou à apporter au dossier.
Très vite, je me mélangeais les pinceaux.
Ainsi, je remboursais un nombre incalculable de clients, ayant mal saisi le sens des garanties.
Puis, alors qu’on m’avait fait comprendre mes erreurs, je devenais trop méticuleux et suspicieux, prenant un temps infini à tout vérifier, ce qui n’était pas au goût de mon patron, qui m’exhorta à accélérer la cadence.
Au final, ne sachant quel juste milieu choisir, je prenais mes décisions au hasard.

Tel client possédait une voiture de couleur rouge lors de l’accident ? Il ne pouvait être qu’un honnête homme.
Un autre avait hésité à répondre quant à la date de l’évènement ? On ne me trompe pas si aisément.
Je fût au final renvoyé, ce qui eut sur moi un terrible effet : quand bien même je n’appréciais pas particulièrement ce travail, j’avais l’inexorable sensation que j’en étais privé pour une raison pas claire.

J’imaginais alors les pires complots : un détournement de fond de la part du service comptable gêné par mes honnêtes activités ou une alliance de clients malhonnêtes et mécontents, s’étant tous plaint à ma direction. L’idée que cette dernière embauchait des acteurs pour jouer les clients idiots afin de me pousser à la faute m’apparut même pendant un temps comme une évidence.

Je garde cependant de bons souvenirs de la cafétéria.
Elle était bien fournie en ce qui concerne les distributeurs de nourriture ; j’étais, à force de ma mauvaise nutrition, devenu presque un expert dans ce domaine. J’en connaissais les différents modèles, leurs défauts et avantages, et les différentes gammes de produit que chacun proposaient.

Je passais ainsi toutes mes pauses à contempler le paysage via la baie vitrée de la cafétéria, tout en dégustant tantôt une barre chocolatée, tantôt un plat de nouille à réchauffer.
J’affectionnais tout particulièrement, alors que j’insérais les pièces dans l’automate, de coller mon oreille contre la paroi afin d’écouter la pièce tomber et déclencher quelques mécanismes secrets qui me donneraient accès à ce qui était là, si proche derrière la vitre.
Au début, les sons que j’entendais m’étaient totalement inconnus, mais au fur et à mesure que le temps passait, j’en apprenais l’ordre, et cela devenait tout aussi semblable à l’écoute d’une mélodie.

Quand on insère une pièce, le son qu’elle produit lorsqu’elle tombe dans l’appareil ne dure que deux secondes environs. Toujours la même suite de son, chaque choc interne produisant une note, formant une très très courte symphonie.

Il m’est arrivé de la fredonner pendant le travail, et parfois je me surprends à le faire encore.

Au final, ce que j’avais amassé durant ces sept mois suffisait pour me permettre de vivre encore quelques temps sans avoir à travailler.
Je retournais donc chez moi le dernier soir, heureux bien que furieux d’avoir été si odieusement remercié.



*
* *

Je sentais que mon récit sonnait faux, mais ne pouvait pas mettre le doigt sur l’erreur.
C’est en remarquant l’ennuyeux bonhomme qui s’avançait en flottant vers moi que je compris que le souvenir avait fait place au songe.
Je commençais déjà à fuir tandis que celui-ci sortait d’un grand sac un objet rond.

Pas ce coup-ci, mon p’tit bonhomme. 

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